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Cohorte sentinelle Une seule santé pour mieux se préparer aux menaces zoonotiques émergentes

Comment détecter plus rapidement une menace sanitaire qui peut circuler entre les animaux, les humains et leur environnement? Et comment mettre en place une surveillance qui permette de mieux nous préparer avant qu’une crise ne survienne?

Précrisa contribue à la mise sur pied d’une cohorte sentinelle Une seule santé, développée initialement dans le contexte de l’émergence de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1.

Au Québec, il n’existait jusqu’ici aucun dispositif permettant de suivre simultanément, dans les mêmes milieux et de manière répétée, des indicateurs de santé humaine, animale et environnementale. La cohorte vise à contribuer à combler cette lacune en travaillant directement avec les producteurs et productrices agricoles et leurs animaux.

Le projet rassemble des expertises issues de la santé humaine, de la santé animale, de la santé publique, de l’agriculture et de la recherche afin de développer une approche de surveillance véritablement intégrée.

UNE PREMIÈRE COHORTE MISE À L’ÉPREUVE DU H5N1

La première phase du projet a été rendue possible grâce à une subvention Catalyseur de 150 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

En 2025, des fermes laitières et des élevages de basse-cour ont été recrutés afin d’évaluer concrètement la faisabilité d’une cohorte sentinelle Une seule santé et de mieux comprendre les risques associés à l’influenza aviaire H5N1.

Au total :

  • 48 fermes ont été visitées, soit 29 fermes laitières et 19 élevages de basse-cour;
  • 96 personnes ont participé au projet;
  • des prélèvements sanguins ont été réalisés auprès de 75 personnes;
  • des échantillons biologiques ont été prélevés auprès de 125 animaux, dont 59 chats et 66 autres animaux d’élevage ou de compagnie;
  • des échantillons de lait de réservoir et des prélèvements environnementaux ont également été recueillis;
  • des questionnaires et des entrevues ont permis de documenter les pratiques d’élevage et de biosécurité, l’utilisation d’équipements de protection individuelle, la perception des risques ainsi que l’intérêt des producteurs et productrices à participer à une cohorte sentinelle à plus long terme.

Les analyses réalisées n’ont détecté aucun signe d’infection au H5N1 dans les échantillons analysés. Au-delà de ce résultat rassurant, cette première phase a surtout permis de mettre à l’épreuve, sur le terrain, la possibilité de surveiller simultanément la santé des personnes, des animaux et de leur environnement.

DES APPRENTISSAGES POUR MIEUX SE PRÉPARER

La première phase du projet a permis d’identifier plusieurs conditions essentielles à la mise en place d’une surveillance Une seule santé à plus grande échelle.

Les travaux ont notamment mis en évidence certains défis liés à l’application des mesures de biosécurité, à la coordination des prélèvements humains, animaux et environnementaux, à la diversité des tests diagnostiques disponibles ainsi qu’aux démarches administratives découlant de la séparation entre les systèmes de santé humaine et animale.

Ils ont également fait ressortir un élément déterminant : la confiance des producteurs et productrices agricoles. La quasi-totalité des propriétaires rencontrés se sont montrés ouverts à poursuivre leur participation, notamment à condition de recevoir rapidement de l’information sur la situation dans leur propre élevage et ailleurs au Québec.

Ces apprentissages permettent aujourd’hui d’aller au-delà d’une étude ponctuelle sur le H5N1 et de réfléchir aux conditions nécessaires pour développer une capacité de surveillance durable des menaces zoonotiques émergentes.

UNE COHORTE QUI SE CONSOLIDE

Depuis le 1er avril 2026, le projet se poursuit grâce à un financement de 241 170 $ du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour une période de trois ans.

Cette nouvelle phase, intitulée « Codéveloppement et établissement d’une cohorte de surveillance sentinelle dans les élevages du Québec pour une meilleure préparation aux crises en santé », vise à consolider et à élargir la cohorte dans quatre régions administratives : l’Estrie, la Montérégie, le Centre-du-Québec et le Bas-Saint-Laurent.

Elle permettra de suivre 50 fermes, soit 30 fermes laitières et 20 élevages de basse-cour.

Le projet permettra notamment de :

  • poursuivre la surveillance des anticorps contre le virus influenza A (H5N1) chez les producteurs et productrices, les travailleurs et travailleuses agricoles ainsi que chez différents animaux;
  • rechercher la présence du virus dans l’environnement des fermes;
  • constituer une biobanque d’échantillons biologiques;
  • mieux documenter les pratiques et les expositions liées à la biosécurité et à l’utilisation d’équipements de protection individuelle;
  • produire des données inédites sur les élevages de basse-cour au Québec.

VERS UNE CAPACITÉ DE SURVEILLANCE UNE SEULE SANTÉ DURABLE

À plus long terme, l’ambition est de tirer parti des apprentissages réalisés avec le H5N1 pour développer une cohorte sentinelle pérenne, capable de contribuer à la détection et au suivi d’autres infections et menaces émergentes.

La démarche vise ainsi non seulement à produire des données scientifiques, mais également à codévelopper avec les milieux agricoles des façons de faire adaptées à leurs réalités, à renforcer la confiance entre les différents acteurs et à favoriser une circulation plus rapide de l’information entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.

Ultimement, cette infrastructure pourrait contribuer à renforcer la capacité du Québec à prévenir les crises sanitaires, à s’y préparer et à y répondre plus rapidement, en mettant concrètement en œuvre l’approche Une seule santé.

UN PROJET FÉDÉRATEUR

La cohorte mobilise des chercheurs, chercheuses et partenaires provenant notamment :

  • du Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique (GREZOSP);
  • de l’Université de Montréal et de sa Faculté de médecine vétérinaire;
  • du Centre de recherche en santé publique (CReSP);
  • de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR);
  • de l’Université Laval et du Centre de recherche du CHU de Québec–Université Laval;
  • du CHU Sainte-Justine;
  • de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ);
  • du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ);
  • du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS);
  • de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA);
  • de la Chaire interdisciplinaire sur la santé et les services sociaux pour les populations rurales (CIRUSSS);
  • et de Précrisa.

Cette collaboration intersectorielle constitue en elle-même l’un des principaux leviers du projet : mieux surveiller ensemble pour être collectivement mieux préparés aux prochaines menaces sanitaires.

RAYONNEMENT SCIENTIFIQUE

Les premiers travaux entourant la cohorte sentinelle ont été présentés par Hélène Carabin, codirectrice de Précrisa, lors du XIIe Congrès international francophone d’épidémiologie et de santé publique, tenu du 22 au 24 juillet 2026 à Marseille, sous le thème « Santé, environnement et équité : vers une épidémiologie intégrée ».

La communication, intitulée « Mise en place d’une cohorte sentinelle “Une seule santé” pour l’influenza aviaire hautement pathogène au Québec », est cosignée par une équipe interdisciplinaire à laquelle participe également Lily Lessard, directrice scientifique de Précrisa.

Le résumé de ces travaux a également fait l’objet d’une publication scientifique dans un numéro spécial du Journal of Epidemiology and Population Health consacré au congrès.

Consulter la publication :
sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2950433326004064

Découvrir le numéro spécial du congrès :
sciencedirect.com/journal/journal-of-epidemiology-and-population-health/vol/74/suppl/S3